Bienvenue à toutes et à tous

C'est avec l'ambition de diffuser de nombreuses informations sur le thé japonais que j'ai débuté ce blog. Vous y trouverez les éléments les plus importants de l'histoire du thé au Japon, ainsi que des infos sur les divers types de thés japonais, régions productrices, etc.

Aussi, vous pouvez retrouver en ligne ma sélection de thés grâce à la boutique Thés-du-Japon.com.

Très bonne lecture, j'espère que mon modeste blog donnera au plus grand nombre l'envie de se familiariser de plus près avec ce produit d'une grande profondeur qu'est le thé japonais !

English version of some posts here in Japanese Tea Sommelier blog

samedi 6 avril 2013

Bizen-yaki : Nobuhara Katsushi, ses oeuvres et du thé

Suite de mon article précédent sur la céramique Bizen-yaki et ma visite à Inbe, zoom sur l'artisan Nobuhara Katsushi et ses oeuvres.
Il utilise des terres qui sont des mélanges de glaises de montagne et de glaises "Iyose" extraite des alentours des rizières de Inbe.
Il travaille avec un four nobori-gama (pour cette raison, il fait peu de céramique avec la technique "Hidasuki" 緋襷, plus adaptée avec un four à gaz). 




Petites pièces utilisées pour tester le feu du four.




Avant cuisson.
Avant cuisson.



 Je me rends compte que les images parlent d'elles-même et que j'aurai peu à raconter pour cet article, sinon que de rappeler qu'absolument aucun émail n'est utilisé pour ces céramiques. Aussi, la passion pour son travail et pour Bizen et son histoire de Monsieur Nobuhara est formidable. En quelques heures passées ensemble, il m'aura montré tant de choses, non seulement son atelier, mais nombres de vestiges de four antiques qui m'auront fait voyager dans le temps, depuis l'époque de Heian jusqu'à aujourd'hui. 

De retour à la maison, test et galerie photo de quatre des objets de Monsieur Nobuhara sur les sept disponibles sur Thés du Japon.
Hohin



Les points gris foncés sont des cendres, qui se déposent bien sûr au hasard pendant la cuisson. Cela donne une rugosité presque comme du papier de verre.






  
Yuzamashi





Tasses
Cette tasse fut originellement conçu comme tasse à expresso.



 Je pense que de tels objets ont une esthétique très forte qui ne peut laisser indifférent, ils ont une présence presque écrasante. Pour ma part, je les trouve envoûtant, mais ce que ne transmettent pas les photos, c'est le touché, le plaisir que ces oeuvres procurent dans la main. 
Maintenant, faisons les vivre avec du thé.
Sencha 2013 de Mariko (Shizuoka, récolté à la main le 1er avril), cultivar Sugiyama Yaeho (premier shincha de l'année, j'en reparle dès qu'il est en ligne)







Thé noir de Sayama (récolte d'automne, cueillette manuelle, cultivar Musashi Kaori). 
Formidable thé de Hiruma Yoshiaki, dont le parfum miellé est décuplé après quelques mois de maturation. Les saveurs fines et discrètes de cette automne sont aujourd'hui bien plus affirmée, notamment le parfum dut au morsure des petits insectes verts est bien plus évident.



Les couleurs Bizen sont en parfait harmonie avec celles du thé noir.



 

dimanche 31 mars 2013

De Roppongi à Bizen

J'ai eu l'honneur en février de participer à un évènement autour de la céramique Bizen-yaki organisé dans la boutique The Cover Nippon au centre Tôkyô Midtown de Roppongi.
L'espace d'un week-end, diverses "chakai" 茶会, réunions de thé, étaient données en deux endroits de la boutique, utilisant des objets Bizen-yaki. Des séances traditionnelles, cérémonies du thé, et des séances modernes, aux thèmes très variés. Thé noir, café, et même crème glacée, une très célèbre marque de glace, H., ayant commandé à un artiste de Bizen une coupe permettant juste de mettre un pot de crème glacée, qui, profitant des capacité thermiques des Bizen, permet de ralentir considérablement la "fonte" du desert glacé.

Hiruma Yoshiaki faisait aussi parti de l'évènement où il servait pour sa part du temomi-cha.
Quant à moi, je devais justifier ma présence en tant que Français, et ai donc organisé trois séances "French-Japanese chakai". Concept simpliste, remplacer les habituelles pâtisseries japonaises (de toute façon prévues originellement pour le matcha, trop lourdes et sucrées pour le sencha) par des douceurs françaises.
Seulement 25 minutes par séances, donc je me suis limité à 2 thés:
- Sencha de Tawaramine cultivar Kanaya-midori servi avec des galettes bretonne de la Mère P., mariage du beurre des galettes avec les saveurs beurrées du cultivar.
- Hôji-cha de Hon.yama avec un carré de chocolat noir m'inspirant de ce qui ce fait souvent dans les restaurants en France avec le café (je remercie par ailleurs La Maison du Chocolat Tôkyô pour m'avoir à titre très exceptionnel fourni un de leurs excellents produits).

Cet évènement fut aussi l'occasion de rencontres avec les artistes. J'y ai notamment fait la connaissance de Nobuhara Katsushi, certifié artisan traditionnel. Deux semaines plus tard, me voilà à Bizen (dep. de Okayama), plus exactement à Inbe 伊部, centre historique de cette céramique. 


La céramique Bizen-yaki est considérée comme une évolution des techniques des céramiques dites "sueki" 須恵器 de l'époque de Kofun (250 - 538), mais l'on fait remonter son origine en tant que Bizen-yaki à l'époque de Heian (794 - 1191), où des céramiques à usage quotidien utilitaire comme des bols, assiettes ou des tuiles sont fabriquées au pied du mont Kuma.

À cette époque, on effectue la cuisson en réduction.


Dès l'époque de Kamakura (1192 - 1333), diverses jarres et récipients constituent le gros de la production. On utilise de la terre extraite des montagnes alentours. A partir de la seconde moitié de l'époque de Kamakura, on passe à une cuisson en oxydation, et les objets prennent alors leur teinte brune/rouge caractéristique.

Dans la montagne, de là où l'on extrayait alors la glaise, les vestiges d'un four "noborigama" de la fin de l'époque de Heian. On se servait de l'inclinaison naturel du sol.
L'un des innombrables fragments de poterie qui jonchent le sol de ces montagnes. Fin de Heian ou début Kamakura, cuisson en réduction. Il est bien sûr interdit de ramener ces traces de l'histoire.


Fragments de poterie superposés. On procédait ainsi pour caler à l'horizontal les poteries qui cuisaient des ces fours construits en pente.
Comme de la tuile qui aurait fondu. Il s'agit d'un morceau du plafond d'un four.


Durant l'époque de Muromachi (1336 - 1573), on commence à utiliser la terre qui se trouve sous les rizière de Inbe, que l'on appelle "iyose". La cuisson est alors toujours effectuée dans de grands fours noborigama à moitié creusés dans le sol.

C'est durant l'époque d'Edo (1603 - 1868) que l'on commence à construire des fours plus petits, à usage individuel, mais aussi de grands fours communs.
L'un des quatre fours gigantesques retrouvés à Inbe. Près de 50m de long pour une largeur de plus de 4,5m. Époque de Muromachi.

Les espèces de monticule au milieu sont les traces de piliers nécessaires à soutenir de toit de cette gigantesque structure.
Dans le musée archéologique de la ville, un reste de ce qui devait être un pilier des fours géants.

En plus de la vaisselle et des accessoires pour le thé que l'on commence à fabriqué depuis l'époque de Muromachi, on fabrique aussi divers objets décoratifs.


En lisière de la ville, a proximité des rizières où l'on trouve la terre "iyose", on trouve donc des fragments de poteries beaucoup plus récentes, de l’époque d'Edo à l'ère Meiji probablement.



Si les grands fours continuent à fonctionner jusqu'à la fin de l'époque d'Edo, la production Bizen ne cesse de baisser devant le succès des porcelaines de Kyôto ou Arita.
A l'ère Shôwa (1926 - 1989) grâce aux efforts du potier Kaneshige Tôyô 金重陶陽 (1896 - 1967), la céramique de Bizen a retrouver sa splendeur et pu survivre jusqu'à nous.

 Dans le prochain article je présenterai le travail de Nobuhara Katsushi.